À la Renaissance, la danse est un art social : on danse pour être vu, pour signifier son rang, pour mettre en scène l’harmonie de la cour. En France, cette culture s’accélère avec Catherine de Médicis, qui contribue à importer et populariser les spectacles mêlant musique, poésie et danse.
Un jalon souvent cité est le Ballet comique de la Reine (1581), spectacle-fleuve organisé à la cour, pensé comme un événement total (texte, musique, chorégraphie, décor).
Perspective “politique” : à ce stade, le ballet sert surtout à fabriquer du prestige et à raconter l’ordre du monde — le corps qui danse devient métaphore du royaume.
Louis XIV : la naissance d’un art “professionnel” (XVIIe siècle)
Le tournant majeur de l’histoire du ballet en France se joue avec Louis XIV, passionné de danse et fin stratège de l’image royale. La danse n’est plus seulement un divertissement : elle devient un système.
1661 : création de l’Académie royale de danse, un acte fondateur pour encadrer, former et élever la danse au rang d’art “officiel”.
1669 : naissance de l’Académie royale de musique (aux origines de l’Opéra de Paris), qui structure durablement le lien entre opéra et ballet.
Perspective “technique” : cette période pousse à la codification (vocabulaire, positions, styles) et pose les bases de l’école française.
Le XIXe siècle : l’âge d’or romantique à Paris
Au XIXe siècle, Paris devient la capitale du ballet romantique : l’imaginaire s’emplit de sylphes, de rêves, de brumes, de surnaturel. Un titre cristallise ce moment : La Sylphide (créée à l’Opéra de Paris en 1832).
Cette esthétique impose :
la valorisation de la ballerine (figure centrale),
l’extension du travail sur pointes,
une silhouette devenue iconique, le tutu blanc romantique.
Perspective “sociale” : le romantisme change le regard sur les interprètes, la féminité scénique, et le rapport du public à l’émotion (on vient “être traversé” autant que contempler).
Début XXe : le choc des Ballets russes à Paris
Au début du XXe siècle, Paris devient un laboratoire brûlant avec les Ballets russes de Serge Diaghilev, en tournées européennes dès 1909.
Ce que cette vague apporte à la France :
une modernité scénique (musique, décors, costumes, gestes),
un dialogue explosif entre arts (peinture, musique, danse),
une nouvelle idée du ballet comme avant-garde.
Perspective “artistique” : après les Ballets russes, on ne peut plus concevoir le ballet uniquement comme tradition — il devient aussi terrain d’expérimentation.
XXe siècle : l’Opéra de Paris entre néoclassique, reconstruction et rayonnement
L’Opéra de Paris joue un rôle clé dans la continuité de l’histoire du ballet en France : préserver un répertoire, former une école, tout en absorbant les ruptures esthétiques.
Un nom marque durablement l’entre-deux-guerres et l’après : Serge Lifar, figure liée aux Ballets russes puis au Ballet de l’Opéra de Paris, souvent associé au renouvellement du style néoclassique et au relèvement du niveau technique de la compagnie.
Années 1980 : l’ère Noureev, une modernisation “par le grand répertoire”
Autre moment-clé : Rudolf Noureev, nommé Directeur de la Danse à l’Opéra national de Paris (1983–1989). Il marque la compagnie par ses relectures du grand répertoire et l’ouverture à des écritures contemporaines.
Perspective “institutionnelle” : on voit ici une tension structurante du ballet en France — comment rester une maison d’excellence patrimoniale, tout en restant vivante et actuelle.
Aujourd’hui : un répertoire élargi, du classique au contemporain
Le ballet en France ne se limite plus à une seule esthétique. Il circule entre :
grands classiques (répertoire transmis),
néoclassique (virtuosité + abstraction),
danse contemporaine (nouvelles narrations, nouveaux corps, nouveaux langages).
Des chorégraphes comme Angelin Preljocaj illustrent cette vitalité française, entre formation classique et écriture contemporaine, avec une reconnaissance large dans les grandes institutions.
Ce que raconte vraiment l’histoire du ballet en France (3 lectures utiles)
Une histoire du pouvoir et des institutions
Du ballet de cour aux académies, la France a construit un cadre unique où l’art est aussi une affaire d’État.
Une histoire de technique et de transmission
Codification, école, répertoire : la France a servi de “standard” international à plusieurs moments.
Une histoire des ruptures esthétiques
Romantisme, modernité des Ballets russes, contemporain : le ballet se réinvente en cycles, sans effacer totalement ce qui précède.
Conclusion
L’histoire du ballet en France est celle d’un art passé de la cérémonie politique à la scène mondiale, capable de préserver un patrimoine tout en accueillant des chocs créatifs majeurs. Si vous voulez aller plus loin, le plus simple est… d’en voir : c’est un art qui se comprend aussi par le corps, la musique, l’espace, le silence.