Muse et la musique classique : influences, morceaux et compositeurs

Muse musique classique

Il y a des groupes qu’on écoute depuis des années sans mesurer exactement ce qui les rend aussi grands. Muse fait partie de ceux-là. Derrière les riffs massifs, les shows de stade et la voix de ténor de Matthew Bellamy, il y a une architecture musicale qui doit beaucoup (vraiment beaucoup) aux compositeurs romantiques du XIXe siècle.

Les influences classiques de Muse ne sont pas une curiosité anecdotique. Elles sont au cœur de leur identité musicale, revendiquées et audibles dès qu’on sait où écouter.

Matthew Bellamy et la musique classique : une formation sérieuse

Tout commence avec la formation de Bellamy lui-même. Sa connaissance pointue de la culture musicale classique, il la doit à son diplôme de piano obtenu avec les félicitations du jury de la Royal Academy of Music de Londres. Ce n’est pas un musicien de rock qui aurait pioché quelques références classiques pour faire bien. C’est quelqu’un qui a grandi avec Rachmaninov, Chopin et Liszt, et qui a ensuite découvert Nirvana, pas l’inverse.

Rachmaninov, Chopin, Liszt, Tchaïkovski, Saint-Saëns, Berlioz : voilà les compositeurs qui peuplent l’imaginaire de Bellamy. Des romantiques, presque exclusivement. Des compositeurs qui poussaient l’émotion au-delà du raisonnable, qui construisaient des arches musicales immenses, qui ne craignaient pas le grandiose. Difficile de ne pas y voir les racines directes du son Muse.

Les morceaux de Muse influencés par la musique classique

Space Dementia (Origin of Symmetry, 2001)

C’est probablement le premier signal fort. Les épiques arpèges au piano sont tout droit tirés d’un cerveau ayant été élevé au Rachmaninov, Bellamy reprend note pour note une phrase du Piano Concerto No.2 du compositeur russe dans le refrain de ce morceau aux allures prog et space rock.

Butterflies and Hurricanes (Absolution, 2003)

Ici on va plus loin encore. Avec ses cordes omniprésentes portant l’atmosphère du morceau et le son purement rock du groupe, le tout mixé avec une interlude pianistique digne là encore de Rachmaninov, le morceau s’arrête littéralement en son milieu pour laisser place à une cadence de piano soliste : un geste purement classique, presque concertant.

United States of Eurasia (The Resistance, 2009)

Ce morceau se conclut sur une interprétation de la célèbre Nocturne Op.9 No.2 de Chopin, sans transition, sans justification autre que musicale. Le morceau qui décrivait un futur dystopique se referme sur l’un des moments les plus intimes du répertoire romantique.

Exogenesis : Symphony (The Resistance, 2009)

C’est sans doute le geste le plus explicitement classique de toute leur discographie. Composée de trois parties se rapprochant d’une symphonie et enregistrée avec orchestre, cette pièce entre space rock et musique romantique dure près de treize minutes. Bellamy en est le chef d’orchestre et l’arrangeur, il signe là une symphonie au sens propre du terme.

Et les autres ? Travis Scott, Tyler, Kendrick…

Il y a quelque chose de presque vertigineux dans cette histoire. Des millions de personnes qui n’auraient jamais écouté Rachmaninov ou Chopin ont baigné dans leur univers sans le savoir, à travers Supermassive Black Hole ou Knights of Cydonia passés en boucle dans leurs oreillettes.

La musique classique ne s’est pas éteinte. Elle s’est infiltrée. Dans le rock progressif, dans le métal symphonique, dans le néo-classique d’Ólafur Arnalds ou de Ludovico Einaudi, et depuis les années 2000, au cœur d’un des groupes de stade les plus populaires du monde.

Ce pont entre les siècles n’est pas une curiosité musicologique. C’est la preuve que certaines façons d’organiser l’émotion en sons sont universelles, et qu’elles traversent les époques, les genres et les formats, sans jamais vraiment disparaître.

À écouter pour aller plus loin...

Si cet article vous a donné envie d’explorer, voici une liste de morceaux à enchaîner dans l’ordre :

Rachmaninov, Concerto pour piano No.2 → Space Dementia de Muse → Butterflies and Hurricanes → Chopin, Nocturne Op.9 No.2 → United States of EurasiaExogenesis : Symphony

Un fil conducteur de deux siècles de musique, en moins d’une heure d’écoute.

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